1. Philippe Meirieu « L’éducation nationale doit retrouver le soutien de la nation »

    L’éducation sera l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle. Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon 2 et auteur de Un pédagogue dans la cité, livre à L’Express sa vision de l’institution. 

    Philippe Meirieu est vice-président de la Région Rhône-Alpes délégué à la formation tout au long de la vie (EELV)

    Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation des universités à l'université Lumière-Lyon 2 et Vice président de la Région Rhône-Alpes délégué à la formation tout au long de la vie (EELV)

    A l’occasion de chaque échéance électorale importante, on annonce à l’avance que l’éducation en sera l’un des thèmes majeurs. La déception est, en général, à la hauteur des espérances. Mais, en 2012, il semble, fort heureusement, qu’il n’en sera pas ainsi! Et nous le devons, paradoxalement, à Nicolas Sarkozy: sa politique scolaire fut, en effet, tellement catastrophique qu’on peut parler aujourd’hui d’une école en totale dépression. Depuis cinq ans, les décisions brutales se sont succédées à grande vitesse: abolition des programmes du primaire de 2002, pourtant largement consensuels, au profit des programmes bâclés et rétrogrades de 2008; « assouplissement » de la carte scolaire et ghettoïsation des établissements les plus en difficulté; mise en place démagogique de la semaine de quatre jours; démantèlement des réseaux d’aide aux élèves en difficulté (RASED); abandon progressif de la politique des Zones d’éducation prioritaire; orientation prématurée en collège et totémisation de l’apprentissage au détriment des lycées professionnels; caporalisation de l’Education nationale et pilotage technocratique « par les résultats »; mise en concurrence des personnes et des établissements; disparition catastrophique de la formation pédagogique des enseignants, tant dans la formation initiale, aujourd’hui défigurée, que dans la formation continue, totalement sinistrée; et, bien évidemment, suppression de postes qui rendent l’institution exsangue.

    Dans ces conditions, il est normal que tous les candidats progressistes affichent leur volonté d’une rupture radicale avec ces orientations. L’Education nationale a besoin de retrouver confiance en elle en retrouvant le soutien de la nation. C’est là, effectivement, un préalable indispensable ! Pour autant, il ne faudrait pas donner à Nicolas Sarkozy l’occasion d’une nouvelle victoire (fut-elle posthume!) en ne proposant, à quelques aménagements près, que le retour au statu quo ante. Certes, l’Ecole a été terriblement fragilisée, profondément abimée par une politique brutale, mais en panser les plaies ne saurait suffire. Au risque d’engendrer de terribles déceptions et de rater, une nouvelle fois, l’occasion de redonner du sens à une institution qui en a bien besoin.

    Cela passe, à mes yeux, par une double ambition : une ambition proprement scolaire, mais aussi une ambition éducative plus globale sans laquelle la première risque de venir s’échouer sur les bancs de sable de notre individualisme social.

    Une ambition scolaire d’abord: il faut enfin mettre en place une  » école fondamentale  » articulant l’école primaire et le collège, avec une vraie continuité pédagogique, des objectifs clairs et structurants permettant un enseignement modularisé, et un accompagnement personnalisé par des équipes d’enseignants cohérentes dans des unités pédagogiques à taille humaine… Il faut, grâce à une évaluation par  » unités de valeur « , supprimer le redoublement, permettre des choix d’orientation positifs ; il faut valoriser systématiquement les réussites dans une pédagogie coopérative plutôt que de détecter de manière obsessionnelle tous les  » dys  » du monde afin de les dériver vers des officines spécialisées plus ou moins privées. Il faut mobiliser les enseignants autour d’un projet fort pour notre école et les former correctement afin qu’ils puissent le mener à bien…

    Mais nous ne serons pas quittes pour autant. Sans un projet éducatif pour notre société tout entière, la meilleure école du monde n’empêchera pas les professeurs d’avoir le sentiment de devoir vider l’océan avec une petite cuillère. Tant que la machinerie publicitaire continuera à chauffer à blanc nos enfants et promouvra le caprice mondialisé, tant que nous cultiverons le  » tout – tout de suite  » et détruirons les capacités d’attention comme le plaisir de penser et de rêver, l’école restera un îlot menacé et les professeurs des Don Quichotte plus ou moins ridicules. Au-delà des réformes de l’institution scolaire, c’est le statut de l’enfant dans nos sociétés qu’il nous faut repenser: coeur de cible pour les marchands et client pour les garderies de toutes sortes… ou  » petit d’homme  » à faire grandir patiemment par l’accès au symbolique dans des espaces apaisés?

    C’est la formation tout au long de la vie à qui il faut donner, enfin, un vrai contenu et de réels moyens

    Au-delà des interrogations légitimes sur les programmes et les méthodes scolaires, c’est l’aide à la parentalité qu’il faut promouvoir, les médias qu’il faut interroger sur leur devoir d’éducation, les mouvements d’éducation populaire qu’il faut mobiliser, le tissu associatif, culturel et sportif qu’il faut aider à jouer son rôle essentiel dans la mise en place, à côté de la famille et de l’école, de « tiers lieux éducatifs » essentiels pour la construction de l’autonomie et l’accès à la citoyenneté. Plus généralement encore, c’est la politique de la ville et d’aménagement des espaces urbains qu’il faut repenser pour y favoriser les relations entre les générations. C’est la formation tout au long de la vie à qui il faut donner, enfin, un vrai contenu et de réels moyens pour que ce ne soient pas toujours ceux qui ont bénéficié de la formation initiale qui bénéficient de la formation continue.

    On le voit, l’enjeu est majeur. Les réformes scolaires sont indispensables. Mais un sursaut éducatif est essentiel. Si notre société ne sait pas faire – enfin! – de son futur une vraie priorité politique, le pire est à craindre! En revanche, si elle trouve « le courage d’éduquer « , tout devient possible. Et l’espérance peut être au rendez-vous.

  2. Dans les Pays de la Loire, des plans de formation plutôt que des licenciements

    Source : www.lemonde.fr

     

    Nantes, correspondant – Bertrand Gautier, délégué syndical CFDT au sein de la Société d’applications hydrauliques (SAH) Leduc, entreprise de fabrication de vérins implantée à Ligné (Loire-Atlantique), estime que son patron a « plutôt bien géré la crise » survenue en 2008. La société, qui comptait 480 salariés – intérimaires compris – avant la dépression économique, n’a pourtant pas échappé à un dépôt de bilan, et à des licenciements.

     

    « En mars 2008, le chiffre d’affaires de l’entreprise était de 63 millions d’euros, rapporte David Valton, responsable des ressources humaines. On a connu une baisse d’activité sans précédent. Un an plus tard, le chiffre d’affaires est tombé à 42 millions, puis encore à 18 millions. » Les contrats précaires ont d’abord trinqué. Puis une centaine de départs – volontaires ou forcés – ont été ordonnés. Mais à défaut de miracle, « la boîte a limité la casse », relève M. Gautier, qui exerce le métier de tourneur.

     

    ALTERNATIVE AU CHÔMAGE PARTIEL

    La société Leduc a été l’une des premières à bénéficier du fonds régional de sécurisation de l’emploi par la formation. Le dispositif, étrenné en mai 2009 dans le cadre d’un vaste plan anticrise, entendait alors se poser comme une alternative aux mesures de chômage partiel et surtout aux licenciements.

    Il a été impulsé par les partenaires sociaux et la région des Pays de la Loire, avec le soutien de neuf organismes paritaires collecteurs agréés ainsi que de l’Etat. « Le pari consistait à profiter du trou enregistré dans les carnets de commandes pour lancer un plan de formation exceptionnelle dans toutes les entreprises, explique Jacques Bordron, de l’union régionale CFDT. Plutôt que de se voir mis à la porte, les salariés sont partis en formation. »

    Un dispositif reconduit « L’objectif, c’était de préserver l’emploi au maximum en aidant les entreprises à conserver leurs compétences, abonde Jean-Philippe Magnen, élu Europe Ecologie-Les Verts (EELV), vice-président du conseil régional des Pays de la Loire, chargé de l’emploi et de la formation professionnelle. Face à l’ampleur de la crise, la région a opté pour cet engagement inédit, au-delà de ses compétences traditionnelles en matière de formation professionnelle. »

     

    140 ENTREPRISES CONCERNÉES

    A Ligné, l’intégralité du personnel travaillant en atelier, soit 282 employés, a ainsi repris classeurs, crayons et cartables durant trois semaines. Près de 40 000 heures de formation ont été dispensées, soit un budget d’un million d’euros. Avec à la clé, pour une écrasante majorité, l’obtention d’un diplôme.

    « 30 % de nos salariés n’avaient aucune formation qualifiante dans le métier qu’ils exerçaient, indique M. Valton. Ces temps de formation ont permis de revoir les bases du métier, de mettre à plat les impératifs d’organisation dans la production industrielle, d’échanger sur les bonnes pratiques, et de développer la polyvalence des postes. Tout en redonnant du rythme au sein de l’entreprise, en pleine tourmente. »

    Près de 140 entreprises, soit un total de 5 700 salariés, ont bénéficié de ces sessions dans les Pays de la Loire. Le dispositif a mobilisé quelque 30 millions d’euros. A Saint-Nazaire, les chantiers de construction navale STX ont mis à profit ce dispositif pour amorcer le virage de l’éolien offshore.

    En janvier 2011, la région a reconduit le dispositif. Désormais baptisé plan de continuité professionnelle, il cible prioritairement les petites et moyennes entreprises, sous-traitants de grands donneurs d’ordres. Ce nouveau pacte, doté de 4,2 millions d’euros, vise à accompagner 10 000 salariés d’ici à la fin 2013. « A l’heure du sommet social, le gouvernement serait bien avisé de s’inspirer des solutions anticrise qui ont fleuri dans les régions », énonce  Jean-Philippe Magnen.

    Lire l’article dans son contexte :

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/01/17/dans-les-pays-de-la-loire-des-plans-de-formation-plutot-que-des-licenciements_1630657_823448.html